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  • Véronique Marie Aubry

GOOD NIGHT EXPRESS


Nez plongé dans la Gazette de l’Ouest, je l’ai relevé quand il est entré dans le hall de l’hôtel où je m’étais installée à peine arrivée. Très occupée à interviewer mon estomac à propos de son appétit, je sirotais l’apéritif que l’on m’avait annoncé comme étant propice à la ripaille.


De belle allure, mais le pas hésitant et le geste coincé, le quinqua-jeunet papillonnait fébrilement des quinquets et semblait scruter les lieux comme s’il craignait les tirs croisés de snippers embusqués entre le bar et l’ascenseur. Mortifiée par la page des petites annonces nécrologiques, je choisis alors de poser ma mine de déterrée sur le nouvel arrivant infiniment plus intéressant et nouvellement affublé de nerveux soubresauts.


Je le vis s’approcher avec prudence de la réceptionniste, l’œil aux aguets, m’obligeant à replonger illico dans l’effeuillage morbide de la disparition de l’illustre inconnu, Marcel Levieuxregaton, à la Pointe du Ras de la Bretagne, juste en face mais loin quand même des Amériques.


J’entendais cogner son cœur à trois cents à l’heure, quand il posa ou plutôt chuchota LA question qui semblait lui brûler les lèvres : « Est-ce que par hasard, il vous resterait une chambre pour deux pour cette nuit ? »


A peine remise de la distorsion douloureuse de mon oreille droite, mes yeux inquisiteurs entreprirent un tour de gyrophare pour tenter de débusquer le ou la deuxième pour cette nuit. Mais le clandestin de passage ne me laissa pas le temps de mener à bien ma mission détectrice et mon oreille gauche dut repartir au combat lorsque sa voix fluette reflua en direction de la réceptionniste qui venait de s’enquérir de son nom. « Euh… je vais plutôt vous donner le nom de ma compagne. Euh… oui… c’est mieux… parce que… euh… oui donc voilà, c’est Madame... Iksel. ». Cette fois, j’en étais sûre : il y avait bien baleine sous gravillon et l’affreux adulte était adultérin. Ce qui fut vite entériné quand il précisa qu’ils ne prendraient pas de petits déjeuners… Hé hé ! Je me mis à me tortiller d’aise pour tant de perspicacité qui ne tarderait sans doute pas à se voir confirmée par l’apparition d’une pulpeuse créature à la croupe aguicheuse et frétillante.


Commençant à élaborer les premières lignes d’un scénario classé XXL j’entrepris de regagner ma chambre pour y relater la scène ; soulagée d’avoir enfin trouvé le thème du blog à publier pour le lendemain !


Mais, que Sainte Rita soit sanctifiée sur l’autel des Hôtels en passe de perdre leur agrégation en excitation, la porte s’ouvrit soudain sur une vision qui ne combla pas de joie la fille bonne que je suis !


Saucissonnée dans un assemblage de pauvres bêtes sacrifiées, une vieille peau aux bajoues et au chignon chancelants, fit une entrée chevrotante. Se frayant un chemin entre mes yeux effrayés, avec arrogance et vieilles dentelles, elle vint se suspendre au bras de l’épineux sujet dont je venais de débiter une tranche de vie. Dépitée et restant sur ma fin, je les vis ensuite gravir à pas comptant l’escalier qui menait au 7ème…


© Véronique Marie Aubry – 28 novembre 2011

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